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Journée de la femme : une information médicale inégalitaire

 
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Dr Khadija Moussayer
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MessagePosté le: Ven 9 Mar - 21:26 (2018)    Sujet du message: Journée de la femme : une information médicale inégalitaire Répondre en citant

 
journée internationale des femmes 2018 
UNe information médicale   MARQUEE ENCORE  PAR  Des discriminations  ENVERS LES FEMMES  
La journée internationale des femmes, le 8 mars 2018,  est l'occasion d’alerter  sur les inégalités, les discriminations et les stéréotypes qui continuent à toucher les femmes dans l’information médicale et les campagnes de sensibilisation qui lui sont liées. Ces manques portent sur des problématiques majeures de santé publique  et ont un impact significatif sur la santé des femmes, en particulier dans les pays intermédiaires comme le Maroc.  
UN PHENOMENE MASSIF IGNORE : LES MALADIES AUTO-IMMUNES, UN MAL FEMININ QUI TOUCHE POURTANT UNE FEMME SUR SIX  AU COURS DE SA VIE  
Il en est ainsi  du sujet des maladies auto-immunes : ces nombreuses pathologies – une centaine – concernent les femmes dans  75 % des cas !  De plus, troisième cause de morbidité  dans le monde après les maladies cardiovasculaires et les cancers, elles touchent environ 10 % de la population mondiale et occupent le deuxième ou troisième poste du budget de la santé dans les pays développés. Au total, on estime  que le nombre de femmes souffrant  de maladies auto- immunes  est deux fois plus élevé que celui des femmes atteintes par le cancer du sein et presque une fois et demi  plus élevé que  celui  de celles touchées par la maladie coronarienne !  
 Certaines de ces affections  sont  bien connues  mais sans savoir qu’elles sont d’origine « auto-immunes » et qu’elles appartiennent à une même famille de maladies, même si elles diffèrent dans leur expression clinique et dans les organes touchées. Elles ont  en effet en commun le même mécanisme  de constitution –  un dysfonctionnement du système immunitaire  qui, chargé normalement  de protéger le corps des agressions  extérieures (des virus, bactéries...), va se tromper d’ennemi en attaquant nos propres organes -  et des stratégies thérapeutiques souvent proches. Parmi ces atteintes, on peut citer : la maladie de Basedow (hyperthyroïdie), la thyroïdite chronique de Hashimoto (hypothyroïdie), le lupus, la myasthénie, la sclérose en plaques,  le diabète de type 1, la polyarthrite rhumatoïde, la spondylarthrite, la maladie cœliaque (intolérance au gluten), la maladie de Crohn, le  Gougerot-Sjögren … 
Ce phénomène auto-immunitaire  est un très rare exemple d’inégalité physiologique forte au détriment des femmes. Il est bien reconnu de la communauté médicale mais largement ignoré du grand public marocain, faute d’être  médiatisé.  Il mériterait pourtant de faire l’objet de larges campagnes de sensibilisation en direction des femmes, à l’exemple du cancer, d’autant plus que ces maladies s’attaquent souvent insidieusement  à des femmes jeunes en présentant au début des symptômes  peu perceptibles, apparaissant et disparaissant et  mettant même en doute l’existence d’un mal.  De fait leur diagnostic est fréquemment tardif.  

 
LA MAJORITE DES DECES LIES A L’INFARCTUS  CONCERNE AUJOURD’HUI LES FEMMES
Autre exemple : le risque d'infarctus continue encore trop souvent  à  être associé dans les campagnes de sensibilisation, en particulier au Maghreb, à l'image d'un homme d'âge mûr. De ce fait, la maladie est sous-diagnostiquée chez les femmes car on ne prend pas toute la mesure de leurs plaintes avant la crise. Cela  explique que les femmes représentent maintenant 56 % des cas de décès par infarctus.  Une étude menée par l’université McGill à Montréal en 2014 a bien démontré d’ailleurs que ce «biais » informatif se traduit  inconsciemment par des préjugés et des  stéréotypes  de « genre »  sur la façon de traiter un patient selon son sexe. Les chercheurs  de l’université ont demandé à 1 123 patients d'hôpitaux, tous atteints du syndrome coronarien aigu, de répondre à un questionnaire après leur  admission. Les conclusions ont révélé qu'on pratiquait plus rapidement des électrocardiogrammes et des défibrillations sur les hommes que sur les femmes.  Le personnel de santé, moins réactif pour les femmes,  était plus porté à écarter l’hypothèse de l'infarctus en imputant plus facilement le malaise d'une patiente et ses douleurs thoraciques à des troubles d’anxiété (la fameuse faiblesse psychosomatique féminine !)  
Ces deux exemples sont loin d’être  anecdotiques  quand on sait que les études  cliniques, dans le cadre des essais thérapeutiques, sont majoritairement menées chez des sujets masculins, pensant  à tort que  « ce qui est bon et validé chez l’homme l’est aussi pour la femme ». Certaines recherches sur le risque de cancers gynécologiques ont même été conduites  chez des hommes ! Il n’y a que depuis 15 ans que la législation européenne impose de recruter aussi des femmes  dans les essais cliniques. 
 Au total, des efforts importants ont certes été effectués toutes ces dernières années pour sensibiliser au Maroc les femmes à leurs problèmes de santé « féminins » (gynécologie, grossesse, cancer du sein, minceur…) mais il reste encore beaucoup à faire pour mieux  sensibiliser les femmes à certains autres grands enjeux de santé publique et mettre fin à certains stéréotypes qui ont encore la « vie dure ».  
Casablanca, le 8 mars 2018
  
Dr MOUSSAYER KHADIJA  الدكتورة خديجة موسيار 
اختصاصية في الطب الباطني و أمراض  الشيخوخة 
Spécialiste en médecine interne et en Gériatrie 
Présidente de l’Alliance Maladies Rares  au Maroc
رئيسة ائتلاف الأمراض النادرة المغرب 
Présidente de l’association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS) 
رئيسة الجمعية المغربية لأمراض المناعة الذاتية و والجهازية 
  
ANNEXE : POURQUOI LES FEMMES  SONT LES PRINCIPALES VICTIMES  DES MALADIES AUTO-IMMUNES ? 
Les maladies auto-immunes n’épargnent pas l’homme ni malheureusement l’enfant mais c’est la femme qui porte très majoritairement ce fardeau Plusieurs explications à ce phénomène, impliquant le rôle : 
- des hormones sexuelles féminines, les œstrogènes : elles stimuleraient trop, dans certains cas, le système immunitaire, alors que les hormones masculines, les androgènes, ont plutôt un effet protecteur ;   
- du chromosome sexuel féminin X : Les femmes possèdent dans leurs cellules deux chromosomes X, (l’un hérité du père et l’autre de la mère). Normalement, un seul reste actif tandis que l’autre est qualifié de « dormant ». Si ces deux restent fonctionnels, une hyper-activation anormale du système immunitaire en découlerait ; 
- de la grossesse : un échange de cellules se produit entre la mère et le fœtus et donc un passage de cellules fœtales à la mère (le microchimérisme fœtal). Elles se retrouvent dans le sang de la mère jusqu’à 30 ans après l’accouchement et jusqu’à 50 ans dans la moelle osseuse ! Elles peuvent être considérées comme des éléments étrangers par le système immunitaire qui  alors s’attaquerait par erreur à certains organes. La femme est en plus beaucoup plus surexposée que l’homme qui n’est confronté qu’à un seul type d’échange de cellules entre lui et sa mère alors qu’elle en reçoit de sa propre mère et de ses enfants. 
Au total, la proportion de femmes atteintes pour un seul homme est ainsi dans la maladie de Basedow (Hyperthyroïdie) de 7 femmes/1homme, le lupus de 9f/1h, le Gougerot de 9f/1h, la polyarthrite de 2,5 f/1h, la sclérose en plaques de 2f/1h… 
 Il existe toutefois quelques maladies auto-immunes  que les hommes sont tout aussi  ou plus susceptibles de développer que les femmes comme la spondylarthrite ankylosante, le diabète de type 1, le granulomatose de Wegener et le psoriasis 
  
Bibliographie 
- Moussayer Khadija - Maladies auto-immunes : Quand le corps s’attaque à lui-même – Doctinews N° 36 Août/Septembre 2011. 
INSERM - Expliquer la susceptibilité féminine aux maladies auto-immunes - 13 février 2018 
- INSERM : Genre et santé Prendre en compte les différences, pour mieux combattre les inégalités - 1er novembre 2016 
- Centre Universitaire  de santé Mac Gil (CUSM) – les jeunes hommes reçoivent des soins plus rapidement que les jeunes femmes lors d’un infarctus du myocarde -17 mars 2014 
https://cusm.ca/newsroom/nouvelles/les-jeunes-hommes-re%C3%A7oivent-soins-plus-rapidement-que-les-jeunes-femmes-lors-d%E2%80%99-infarctus- 

 
 
 
  
  
  


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MessagePosté le: Ven 9 Mar - 21:26 (2018)    Sujet du message: Publicité

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